Fin du business as usual pour les professionnels du chiffre. La généralisation de la facture électronique va inciter les cabinets à un repositionnement salutaire. Elle signera la fin des tâches fastidieuses pour laisser la place à des services à plus forte valeur ajoutée. Mais attention aux nouvelles formes de concurrence sur le marché de la facturation.
Les cabinets d’expertise comptable sont en première ligne face à la généralisation de la facture électronique qui deviendra obligatoire dans toutes les entreprises entre 2024 et 2026. D’un, côté, la fin programmée de la saisie des factures et la génération automatique des déclarations de TVA libéreront les cabinets de tâches chronophages et réputées fastidieuses. De l’autre, elles les dépouilleront de deux pans entiers de leur activité traditionnelle : la tenue comptable et la déclaration fiscale, qui représentent encore aujourd’hui environ la moitié de leur chiffre d’affaires. Au-delà des contraintes opérationnelles qu’impose cette échéance, une part de la profession, certes minoritaire, appréhende la réforme comme une menace directe sur ses honoraires.
Opportunité salutaire pour se repositionner et élargir la palette de services
La dématérialisation des factures ouvre tout un champ d’opportunités nouvelles pour la profession. Dans l’immédiat, cela relève de l’accompagnement pour aider les clients, et en particulier les TPE/PME, à mettre en place la facture électronique. À terme, cela consistera à déployer de nouveaux services liés à la facture électronique comme la mise à disposition des pièces comptables, de workflows de paiement, de suivi des tiers et de trésorerie, voire des services de cession de créances et de recouvrement. L’automatisation de la tenue comptable offrira enfin l’occasion aux cabinets de se repositionner sur de nouveaux relais de croissance à forte valeur ajoutée : conseil en gestion de patrimoine, conseil RSE, accompagnement dans la gestion des risques, etc.
Maîtrise des flux : la profession poussée dans ses retranchements
La facture électronique se trouvera au centre d’un nouvel écosystème qui comprendra des éditeurs de logiciels de gestion, des opérateurs de GED ou de dématérialisation et autres plateformes de dématérialisation partenaire (PDP), parmi lesquelles des acteurs du monde bancaire. Anticipant le passage à la facturation dématérialisée, certains grands cabinets ont opté pour la mise en place de partenariats avec des éditeurs spécialisés, à l’image de KPMG ou Grant Thornton avec Esker. Mais à terme, l’enjeu pour les cabinets va consister à conserver la maîtrise des flux qui transitent chez leurs clients. Au risque, sinon, de voir d’autres familles d’acteurs s’imposer dans la chaîne de facturation et de voir in fine leur rôle réduit aux seuls travaux de révision ou de conseil pur.














