Comment se présentent les perspectives du marché de l’intérim digital en France ?
Sans y mettre un terme, la dégradation de la demande sur le marché du travail temporaire ralentira la dynamique de croissance du 100% digital. Plusieurs facteurs soutiendront la demande comme la digitalisation des recrutements ou l’arrivée, sur le marché du travail, de jeunes générations à l’aise avec les outils numériques. Force est de constater que le tout numérique présente un potentiel de croissance limité à long terme. Le recours aux outils digitaux se cantonne bien souvent à la diffusion des offres d’emplois. L’intérim 100% digital est en effet condamné à rester une niche du marché tricolore du travail temporaire. Il séduit de fait les grands comptes aux besoins importants, ponctuels et urgents intervenant dans des branches caractérisées par des fortes tensions de recrutements. C’est notamment le cas de la logistique ou encore de la distribution.
L’avenir de l’intérim digital sera donc hybride ?
Dans ce contexte, les entreprises de travail temporaire (ETT) traditionnelles poursuivront en effet leur virage vers le digital sans pour autant basculer dans le tout numérique. Elles en adopteront les outils sans abandonner leur politique de maillage territorial pour se rapprocher de leurs clients et gagner en notoriété. Il est vrai que les groupes d’intérim n’ont pas intérêt à promouvoir des solutions totalement automatisées, sauf pour conquérir une clientèle et des intérimaires qui n’ont pas recours à leurs services habituels. The Adecco Group et Randstad ambitionnent ainsi, avec leurs récentes emplettes, de compléter leur offre sans la cannibaliser et d’accélérer l’hybridation de leur cœur de métier.
Intelligence artificielle, métaverse… : les spécialistes s’efforcent en outre d’explorer et d’exploiter les nouvelles technologies dans l’espoir de se distinguer (au moins pendant un moment) de leurs concurrents avec des solutions plus abouties. Ces opérateurs affichent également de sérieuses ambitions à l’international. Ils visent ainsi souvent l’Europe, même si Gojob a récemment mis un pied aux Etats-Unis.
Le jeu concurrentiel peut-il alors se resserrer ?
Certes, les ETT ne sont pas les seules structures impliquées dans la digitalisation de l’intérim. Des éditeurs de logiciels, des jobboards ou même des start up « HR Tech » participent en effet aussi à la mue numérique du travail temporaire. Un grand nombre de ces opérateurs s’efforcent par ailleurs d’être présents sur un maximum de maillons de la filière. Mais en réalité, le jeu concurrentiel s’organise autour des non spécialistes (ETT traditionnelles intervenant ou non sur le 100% digital à l’image de Manpower ou Synergie) et des spécialistes de l’intérim digital (des acteurs misant sur un mix numérique/physique comme Mistertemp’ et des pure players privilégiant un modèle sans agences comme Gojob ou Bruce). Toutefois, peu de nouveaux entrants sont attendus dans un avenir proche. Les lancements d’offres en 2020 émanaient ainsi surtout d’ETT déjà présentes sur ce segment du marché et désireuses d’étoffer leurs gammes de solutions.














