Avis d'expert19 octobre 2021

La télémédecine dope les marchés de l’e-santé - 2021

Alexandre Boulègue

Alexandre Boulègue

Directeur des Opérations

La télémédecine dope les marchés de l’e-santé

E-santé : un marché de 700 M€ à l'horizon 2025

Favorisée par la crise sanitaire, la diffusion massive des pratiques numériques en santé a donné des ailes aux marchés de l’e-santé en général et à ceux de la télémédecine en particulier. Les marchés des solutions de téléconsultation en France devraient ainsi dépasser les 100 millions d’euros en 2021. Les montants alloués par l’assurance maladie aux professionnels de santé (525 euros par an pour les médecins par exemple) pour s’équiper constituent un atout majeur pour le développement de ce marché. Moins spectaculaire, l’essor de la télésurveillance est encore dans les starting-blocks. La faute au cadre de remboursement encore expérimental puisqu’il faudra au moins attendre 2023 pour passer le cap crucial d’un remboursement de droit commun par l’assurance maladie. Les montants financiers potentiels de cette activité se chiffrent néanmoins en centaines de millions d’euros. Quant aux outils de coordination des parcours de soins (messageries sécurisées de santé, outils de reporting…), ils s’affirment eux aussi comme un moteur pivot de l’écosystème e-santé. A l’horizon 2025, les services de téléconsultation, les solutions de télésurveillance médicale et les outils de coordination représentent respectivement un potentiel de marché de 200 à 300 millions d’euros, plus de 400 millions et de 50 à 100 millions, pronostiquent les experts de Xerfi Innov.

L’emballement pour les pratiques numériques dans la santé reste fragile

Le décollage des marchés de la télémédecine fait la part belle aux stratégies d’équipement des acteurs de santé en solutions et outils. Or, seule une approche tournée vers les usages permettra de construire des business models solides car la logique « produit » conduit le marché dans une impasse. Et ce, pour plusieurs raisons. D’abord, l’emballement des pratiques numériques reste fragile. Après le pic exceptionnel lors du premier confinement de mars-avril (près de 25% des consultations réalisées en distanciel), la téléconsultation ne représente plus que 3% des consultations effectuées mi-2021. Ensuite, de nouveaux usages restent à consolider et à élargir. Cela passe par une réorganisation structurée des pratiques médicales et des chaînes de soins. Par ailleurs, la profusion d’offres renvoie à un impératif de différenciation, faute de quoi les acteurs de l’e-santé seront absorbés ou condamnés à disparaître. Enfin, le recours à l’intelligence artificielle (IA) pour franchir le cap de l’industrialisation des solutions et organisations innovantes est une nécessité. Il se décline dans l’ensemble des pratiques (diagnostic, imagerie, aide à la décision…). Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si les fournisseurs de solutions en IA ont capté plus de la moitié des quelque 342 millions d’euros levés par l’e-santé en 2020 et le tiers des 1,9 milliards levés depuis 2016 dans l’Hexagone. Les applications de l’IA autour de la R&D médicale situent le potentiel global de l’activité entre 100 et 300 millions d’euros d’ici 2025.

Vers une convergence et une consolidation accrues

Le paysage concurrentiel des marchés de l’e-santé s’articule autour de trois grandes familles d’acteurs. Il s’agit des concepteurs (éditeurs de logiciels, start-up, spécialistes des objets et dispositifs médicaux connectés…), des prestataires et fournisseurs (issus pour la plupart du monde de l’IT) ainsi que des sponsors (assurance maladie, industries de santé, univers de l’assurance…). Au final, l’e-santé concerne directement ou indirectement des centaines d’acteurs de tout ordre : grands groupes industriels ou des services, ETI, PME et une pléthore de start-up spécialisées.  

Avec le nouvel environnement et la crise sanitaire, la recomposition de l’offre et du paysage concurrentiel s’accélère. Cela pousse les opérateurs à envisager de nouvelles alliances et favorise les mouvements de décloisonnement entre les secteurs d’activité. Ces mouvements de convergence concernent en premier lieu les cabinets médicaux virtuels, l’IoT santé/bien-être et la coordination des parcours de soins. Et les acteurs capables de s’imposer sur le maillon structurant des cabinets médicaux virtuels sont les mieux placés pour jouer les pilotes de ces écosystèmes en devenir.

Dans l’IA, la structuration des forces semble encore indécise. C’est dans ce domaine que les politiques industrielles seront déterminantes pour faire émerger des champions nationaux et constituer des écosystèmes d’acteurs complémentaires. Dans la télésurveillance médicale et les thérapies digitales, l’impératif de validation clinique de solutions visant des soins thérapeutiques précis régit le jeu concurrentiel. On s’oriente en réalité vers une structuration de l’activité en filières exploitant les compétences complémentaires des industriels de santé et de start-up ou d’éditeurs de logiciels santé.

Les logiques « digiphysiques » ont également le vent en poupe. Elles se traduisent par de nouvelles alliances pour structurer des permanences de soins ou des centres de suivi des maladies chroniques à l’échelle territoriale. Autant de stratégies de convergence qui marquent l’entrée des opérateurs privés de soins privés dans le paysage concurrentiel. Les groupes d’établissements privés Korian et Orpéa ont ainsi emprunté ce chemin pour organiser le maintien et le suivi à domicile de leurs patients.

La crise sanitaire a de fait précipité l’entrée des opérateurs dans une phase d’industrialisation et renforcé la compétition autour de la conquête de nouveaux utilisateurs. De grandes start-up françaises ont ainsi choisi de s’adosser à un groupe étranger, à l’image de Qare (téléconsultation) racheté par le Britannique HealtHero ou de Voluntis (thérapies digitales) par l’Américain Aptar. Dans le même temps, de grands groupes tricolores jouent les grands consolidateurs, en tête desquels Doctolib, Dassault Systèmes ou encore La Poste.

Alexandre Boulègue

Alexandre Boulègue

Directeur des Opérations

Directeur du bureau d’études, Alexandre Boulegue pilote depuis plus de quinze ans la production économique et sectorielle du groupe.

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