L'essor sans précédent des pompes à chaleur, dynamisé par des réglementations favorisant les technologies vertes, redéfinit le paysage du chauffage. Dans ce contexte, les fabricants asiatiques s'imposent, tirant parti de leur expertise en matière de climatisation. Cependant, l'utilisation de fluides frigorigènes, malgré leur efficacité, soulève des questions environnementales et de sécurité. Ainsi, alors que le marché des pompes à chaleur se développe rapidement, il doit également naviguer dans un environnement réglementaire en constante évolution et des défis techniques persistants.
Les pompes à chaleur, ou PAC, font figure de grandes gagnantes des recompositions autour des équipements « verts ». Les évolutions réglementaires soutiennent le marché du chauffage en incitant au renouvellement des appareils par des équipements plus performants et respectueux de l’environnement. Depuis plusieurs années, les installations de pompes à chaleur volent ainsi de record en record. Dans le même temps, les livraisons de chaudières au gaz et au fioul se sont effondrées en 2022. Au-delà de la forte hausse des prix du gaz et du fioul, le segment a surtout été pénalisé par des évolutions réglementaires très défavorables. L’installation d’une nouvelle chaudière au fioul est par exemple interdite en France depuis le 1er juillet 2022. C’est aussi le cas pour les nouvelles chaudières à gaz qui sont bannies des logements individuels neufs depuis le 1er janvier 2022 (elles le seront dans les nouveaux logements collectifs à partir de 2025).
Le succès des pompes à chaleur alimente la consolidation
La recomposition du marché du chauffage autour des équipements EnR façonnera le jeu concurrentiel à moyen terme. Largement leaders sur le marché des pompes à chaleur, les fabricants asiatiques sont en position de force pour profiter de cette nouvelle donne. Les Japonais Daikin et Mitsubishi, le Chinois Midea ou encore le Coréen Samsung peuvent en effet s’appuyer sur leur savoir-faire historique dans les systèmes de climatisation, une forte notoriété sur leurs marchés domestiques comme en Europe et leur capacité à produire de gros volumes à des prix attractifs. Une phase de consolidation est dès lors inéluctable. S’adosser à un géant du secteur peut permettre à un industriel européen de lutter à armes égales avec ses homologues asiatiques. Le groupe familial allemand Viessmann a dans ce contexte annoncé en avril 2023 la cession de sa division « solutions climatiques » (chauffage, ventilation et climatisation) à son concurrent américain Carrier pour 12 Md€.
Des pompes à chaleur pas si vertes
Les pompes à chaleur utilisent des fluides frigorigènes nocifs pour le climat en raison de leur pouvoir réchauffant largement supérieur à celui du CO2. Poussés par des évolutions réglementaires défavorables aux fluides présentant un GWP (potentiel de réchauffement global) élevé, les fabricants ont réorienté leurs efforts de R&D vers les fluides frigorigènes naturels présentant un très faible pouvoir de réchauffement global. Le R290 (propane) est l’un des principaux bénéficiaires de cette tendance. Il est en effet devenu universel pour les PAC monobloc et séduit même les acteurs asiatiques, pourtant dominants sur les fluides R32. Conscients de leur avantage, certains fabricants européens (notamment Viessmann) mènent d’ailleurs un lobbying important auprès des pouvoirs publics européens pour généraliser son emploi. Seule ombre au tableau pour le R290, il est hautement inflammable et classé dans la catégorie « A3 » qui regroupe les fluides pouvant provoquer des explosions.














