Les fabricants français de panneaux solaires naviguent en eaux troubles entre la domination chinoise sur le marché mondial et le protectionnisme américain. Avec l’adoption de législations favorisant les productions locales comme l'Inflation Reduction Act aux États-Unis, l'Europe et en particulier la France s'efforcent de revitaliser leur industrie photovoltaïque. De grandes initiatives, telles que la mise en place de gigafactories, illustrent cette tentative de reconquête industrielle, en dépit d'un cadre réglementaire européen jugé insuffisant pour contrer efficacement l'hégémonie asiatique.
Les fabricants de panneaux solaires implantés en France font face à des défis majeurs, notamment une concurrence internationale accrue et des enjeux d'approvisionnement. L’industrie européenne des panneaux solaires est en effet confrontée à l’hégémonie asiatique, la Chine contrôlant environ 75% de la production mondiale de modules solaires, 85% pour les cellules et plus de 95% pour les wafers. Depuis 2023, les fabricants français et européens sont pris en étau entre le dumping chinois et le protectionnisme américain. En adoptant l'Inflation Reduction Act (IRA) et le Uyghur Forced Labor Prevention Act, les États-Unis ont instauré un avantage à la production de panneaux sur leur sol pour muscler des industries jugées stratégiques. Pris de court, les fabricants chinois ont alors cherché à écouler leurs productions à prix coûtant sur le marché européen.
Le NZIA européen, une réponse décevante à l’IRA américain
Pour encourager l'achat de panneaux solaires européens, Bruxelles va imposer aux États membres d’introduire des critères « hors prix » (durabilité, résilience) qui pèseront entre 15% et 30% de la note finale lors des appels d’offres publics. Les États membres pourront dépasser cette fourchette et également y déroger si les prix augmentent de plus de 15%. Ces dispositions devront s’appliquer pour au moins 30% des appels d'offres publics dédiés à ces technologies ou pour au moins 6 GW par an. Présenté comme une riposte à l’Inflation Reduction Act américain, nous estimons que le Net Zero Industry Act (NZIA) est trop complexe et qu’il fait l’objet de multiples dérogations. En conséquence, son impact sur l’industrie européenne des panneaux solaires sera extrêmement limité.
Des gigafactories s’apprêtent à sortir de terre en France
Face à la mainmise des fabricants chinois, l’Europe cherche à reconquérir sa souveraineté industrielle dans le photovoltaïque. Des investissements d’envergure sont annoncés en France. Holosolis prévoit de s’implanter en Moselle (5 GW à l’horizon 2027, soit environ 10 millions de panneaux), en lieu et place de l’ancien projet de REC Solar. La start-up Carbon souhaite pour sa part mettre en service une gigafactory photovoltaïque d’une capacité annuelle de 20 GW d’ici 2030 (dont 5 GW à partir de 2027) à Fos-sur-Mer (bouches-du-Rhône)). En Europe, certains industriels se préparent à changer de dimension. C’est le cas de l’Italien Enel qui prévoit de porter sa capacité de production de 200 MW à 3 GW d’ici fin 2024. Le soutien résolu des pouvoirs publics, à travers notamment d’importantes subventions en appui aux investissements, reste une condition indispensable pour permettre à ces nouvelles usines de sortir de terre puis d’être rentables.














