Pourquoi les acteurs des services d’efficacité énergétique bénéficient-ils d’un alignement des planètes sans précédent ?
Les services d’efficacité énergétique (SEE) constituent à l’évidence un marché ultra-porteur en France. Entre les tensions sur les prix de l’électricité et du gaz, les tours de vis réglementaires pour atteindre la neutralité carbone et les aides publiques en faveur de la transition écologique, industriels comme propriétaires fonciers se voient en effet contraints d’accélérer leurs investissements. Désormais, le thème élargi de la sobriété carbone supplante le champ plus restreint de l’efficacité énergétique, repoussant au passage les frontières du marché. Les subventions et autres aides forfaitaires distribuées par les pouvoirs publics pour faciliter le financement d’opérations d’amélioration de l’efficacité énergétique stimulent également le marché. Enfin, le calendrier réglementaire rythme l’activité.
Cette extension du domaine de la lutte risque donc de transformer le marché en profondeur?
Déjà ravivées par la crise sanitaire, les implications de la crise énergétique réveillent les consciences écologiques et transforment de ce fait en profondeur le marché des SEE. Les géants des services énergétiques et multitechniques tout comme les cabinets spécialisés doivent en effet adapter leur offre, leurs pratiques et acquérir de nouvelles compétences, souvent par rachats. C’est ainsi que l’essor de l’autoconsommation consacre les acteurs intégrés de l’énergie. L’expertise reconnue et la force de prescription des énergéticiens historiques et des challengers des renouvelables propulsent les acteurs comme EDF, Engie ou GreenYellow sur le devant de la scène avec leur portefeuille intégré de solutions. Et comme l’efficacité énergétique s’inscrit dans le marché plus large de la décarbonation, les spécialistes des SEE vont forcément élargir leur offre à la réalisation d’audits carbone et à la conception et l’implémentation de stratégie de décarbonation par exemple.
Le jeu concurrentiel va dès lors lui aussi s’en trouver modifié ?
Le marché va clairement évoluer vers une distinction plus marquée entre BtoB et BtoC. Sur le premier segment, trois grands profils d’acteurs devraient dominer le jeu à moyen et long termes. Je pense aux énergéticiens et spécialistes de la valorisation in situ (comme EDF et Engie), aux indépendants des SEE (Deepki par exemple) et, à la marge, aux groupes diversifiés dans le bâtiment, le multitechique ou le facility management à la faveur d’acquisitions stratégiques. Dans le BtoC, le jeu concurrentiel continuera d’évoluer autour des énergéticiens historiques, des spécialistes du conseil et du financement (en particulier les délégataires de CEE comme Effy), et peut-être un jour les GAFAM avec l’essor de la smart home.














