La France s'engage dans une ambitieuse révolution industrielle avec l'objectif de produire un million de pompes à chaleur (PAC) par an d'ici 2027. Toutefois, la concurrence européenne et le défi de l'éco-conditionnalité des aides à l'installation posent des questions cruciales sur la capacité de la France à réaliser cet objectif monumental.
Emmanuel Macron a annoncé en septembre 2023 vouloir accompagner la montée en puissance de la filière française des pompes à chaleur avec pour objectif la production d’un million de PAC par an dans le pays d’ici 2027. Pour cela, les pouvoirs publics entendent soutenir les industriels pour doper les investissements via notamment un crédit d’impôt pour les acteurs qui investissent en France (à hauteur de 20 à 25% de l’enveloppe totale du projet d’investissement). Le gouvernement planche également sur la possibilité d’enrichir l’éligibilité aux aides à l’installation par des critères environnementaux (sur les 1,4 Md€ du dispositif MaPrimeRénov consacrés à l'installation de PAC, seulement 30% portent sur des PAC européennes).
Atlantic, Saunier Duval, Intuis, etc. : les annonces d’investissement se multiplient
Plusieurs investissements d’ampleur ont d’ores et déjà été annoncés au cours des derniers mois. Intuis souhaite par exemple produire 100 000 pompes à chaleur par an à partir de 2027 sur son site de Feuquières-en-Vimeu (contre 10 000 actuellement). Atlantic envisage de doubler sa capacité de production annuelle de PAC en France (de 150 000 à 300 000 unités) d’ici 2027 grâce notamment à la mise en service d’une nouvelle usine à Chalon-sur-Saône (71). Parmi les autres principaux fabricants de PAC, Saunier Duval prévoit d’accroître sa capacité pour atteindre 160 000 unités fin 2025 (contre 120 000 fin 2023) et BDR Thermea et Bosch souhaitent eux aussi augmenter leurs capacités de production.
Plusieurs défis à relever pour un véritable changement d’échelle
Atteindre la barre du million de PAC produites annuellement en France d’ici 2027 entraînerait un véritable changement d’échelle. Pour y parvenir, la France doit impérativement arriver à attirer de nouveaux investissements, son tissu industriel n’étant actuellement pas en capacité de produire 1 million de PAC par an (y compris si les différents investissements annoncés ces derniers mois se concrétisent). Or, pour attirer les investissements, la France est confrontée à la concurrence d’autres pays, notamment d’Europe de l’Est. Une tendance illustrée par les constructions de « méga-usines » engagées récemment par Vaillant en Slovaquie et Panasonic en République tchèque. La mise en place effective de l’éco-conditionnalité des aides à l’installation pourrait bénéficier au « Made in France » et inciter certains industriels à investir dans l’Hexagone. Mais elle profiterait aussi inévitablement aux autres sites de production européens. Plusieurs fabricants asiatiques disposant d’usines d’assemblage de PAC en Europe de l’Est (Daikin en Pologne par exemple) pourront continuer à alimenter le marché français par ce biais.














