L'industrie viticole fait face à un défi majeur : réduire ses émissions de CO2 en adoptant des pratiques de réemploi pour ses bouteilles en verre. Malgré les avantages environnementaux et économiques, l'instauration d'une logistique de retour des bouteilles consignées s'avère complexe. Entre la nécessité de répondre aux normes d'hygiène, la diversité des emballages et le manque d'infrastructures, l'essor d'une filière du réemploi reste un parcours semé d'embûches.
Emblème du vin, la bouteille en verre est de plus en plus pointée du doigt à l’heure de la décarbonation, alors qu’elle représente 20% des émissions de CO2 de cette filière. Avec l’allégement du poids des contenants et l’utilisation d’autres matériaux, le réemploi fait partie des principales pistes explorées pour réduire l’impact carbone des acteurs du vin. Cette solution a en outre gagné en compétitivité depuis le choc inflationniste, la hausse des coûts de l’énergie ayant fait flamber les coûts de production et recyclage des bouteilles en verre. Elle répond aussi à une exigence : celle de faciliter la mise en conformité avec la loi AGEC, qui fixe un objectif de réemploi des emballages à 5% en 2023 et 10% en 2027.
Une logistique de « récupération » difficile à construire
Le développement du réemploi des bouteilles implique de mettre au point une logistique complexe et spécifique : collecte et transport des emballages vides, tri en fonction de leur état, nettoyage, transport sur le site du producteur, ré-étiquetage, etc. L’étape du lavage se révèle cruciale et nécessite le respect de normes d’hygiène strictes. La grande diversité des emballages (les bouteilles de vin sont souvent plus ou moins personnalisées par les producteurs) complique en outre le traitement de ces flux à une échelle « industrielle ». La grande majorité des acteurs de la filière du vin s’appuie en réaction sur des start-up ou des prestataires issus du monde de l’ESS (économie sociale et solidaire). Cette stratégie permet de disposer d’une expertise externe et d’accéder rapidement à une logistique de réemploi, tout en limitant les risques et les coûts.
L’émergence d’une filière du réemploi se heurte à plusieurs obstacles
Le développement d’un modèle de logistique externalisée est indispensable pour que la consigne pour réemploi prenne davantage d’ampleur. Si de nombreuses start-up se sont positionnées sur le créneau depuis cinq ans, la plupart en sont encore au stade du pilote. L’émergence d’une véritable filière du réemploi se fait attendre. Sa montée en puissance est entravée par divers obstacles, dont le manque de stratégie et d’infrastructures nationales. L’absence de bouteilles réutilisables « standardisées » pose par exemple problème. Notons qu’en mars 2024, le vin a rejoint la liste des produits exemptés des obligations européennes en matière de réemploi. De quoi mettre du plomb dans l’aile au retour de la consigne dans la filière.














