Les AssurTech parviennent-elles à percer dans l’univers de l’assurance en France ?
L’écosystème porté par les quelques 200 AssurTech françaises a globalement résisté dans un contexte de crise sans équivalent. Pour les modèles les plus prometteurs, il y aura clairement un avant et un après Covid-19. Certaines ont ainsi affiché des progressions, à l’instar de Lovys, Leocare ou encore Yomoni tandis que les acteurs traditionnels de l’assurance prenaient la mesure de leurs avancées en matière de transformation digitale. En outre, les levées de fonds, qui se sont maintenues à haut niveau en 2020, devraient battre des records cette année. Sans oublier que les premières réussites d’une poignée d’AssurTech ont battu en brèche les prédictions des oiseaux de mauvais augure à propos de leur difficulté à percer sur les marchés de l’assurance. Autant d’éléments qui dessinent a priori des perspectives favorables pour l’écosystème AssurTech. Il ne faut pas pour autant masquer les faiblesses persistantes de ces jeunes pousses qui peinent à rentabiliser leur modèle. En réalité, elles vont devoir relever cinq défis et enjeux stratégiques : capitaliser sur les usages numériques et l’impératif de transformation de l’assurance, gagner en visibilité et notoriété, tisser des réseaux de partenaires cohérents, anticiper les nouvelles formes de concurrence et, surtout, sécuriser l’accès au financement. A terme, il n’y aura certes que peu d’élus. Mais il y en aura.
Comment peuvent-elles s’y prendre pour afficher une croissance rentable ?
Il est vrai qu’aujourd’hui, rares sont les AssurTech qui affichent une croissance rentable. Ce constat impose l’excellence sur tous les fronts pour conquérir et fidéliser des bases de clients qui doivent atteindre une taille critique. Il leur faut sans cesse innover dans différents domaines. L’enrichissement constant des fonctionnalités et services proposés est ainsi décisif. De la même façon, les logiques d’extension des territoires conduisent à étoffer le portefeuille de produits, à lancer de nouvelles activités ou encore à élargir les cibles de clientèles. Elles nouent également des partenariats avec des acteurs traditionnels de l’assurance, voire de la banque, mais aussi dans l’univers numérique avec d’autres AssurTech, des FinTech, des start-up de divers secteurs jusqu’à des plateformes. L’internationalisation est aussi une réponse à la course aux volumes. Le spécialiste de l’assurance habitation Luko, qui a multiplié les initiatives ces derniers mois, illustre à l’envi l’activisme qui prévaut chez les AssurTech.
Vont-elles se heurter à une concurrence plus féroce ?
A court terme, les AssurTech vont devoir composer avec une intensification de la compétition. A plus long terme, une reconfiguration des modalités d’accès aux couvertures d’assurance se profile et, avec elles, de nouvelles concurrences. Les plus ambitieuses d’entre elles sont déjà confrontées à une course de vitesse, avec leurs compétitrices étrangères entre autres. Par ailleurs, le développement des API (interfaces de programmation applicative) facilite de nouveaux modes de commercialisation dans le champ de l’économie numérique, permettant à des acteurs issus d’horizons divers d’intégrer des solutions d’assurance ou à des jeunes pousses d’imaginer des places de marché enrichies de produits de fournisseurs tiers. Au final, ces évolutions devraient consacrer des logiques de plateformes, voire d’écosystèmes organisés autour d’univers de besoins. En réalité, trois options se présentent aux acteurs de l’assurance (start-up ou opérateurs traditionnels : devenir de « simples » fournisseurs des nouveaux canaux de commercialisation, se hisser au rang de chef d’orchestre d’écosystèmes thématiques en dépassant donc le champ de leur cœur de métier ou s’orienter vers une logique de communauté d’intérêts à l’image de la plateforme Sesame dédiée aux freelances.














