Le gouvernement français a présenté un projet de loi de programmation militaire pour la période 2024-2030, qui prévoit des hausses budgétaires annuelles « sans précédent » pour faire face à la dégradation du contexte géopolitique et aux avancées technologiques coûteuses. Ce projet de loi est examiné à l'Assemblée nationale depuis le 22 mai. Le gouvernement espère une adoption définitive de la loi d'ici mi-juillet.
La France devrait adopter une loi de programmation militaire (LPM) planifiant 413 milliards d’euros de dépenses sur 2024-2030, contre 300 milliards pour la LPM précédente. Alors que le sujet des armées à l’Assemblée peut se vanter d’être transpartisan, de nombreuses discussions sont en cours concernant des espacements de livraisons et des reports de programmes à propos des forces conventionnelles. En cause, l’impact de l’inflation et la priorité accordée à d’autres matériels (aérospatial et nucléaire notamment), à la reconstitution des stocks et à la cybersécurité.
Quelle réalité pour « l’économie de guerre » ?
La guerre en Ukraine a mis en lumière certaines faiblesses de l’armée française. Souvent vantée comme un modèle d’armée complète, elle est apparue comme une armée embryonnaire, taillée au plus juste pour ses missions : la défense du territoire national (besoin limité en armes conventionnelles compte tenu de l’absence d’armée ennemie aux frontières) et les expéditions dans le cadre d’interventions asymétriques. Il en va de même pour l’industrie de l’armement nationale, axée sur la R&D, avec une production de matériels très technologiques mais à un rythme minimum et avec une politique de zéro stock.
Face aux demandes de matériels de la part de l’Ukraine, la France a pu fournir quelques vieux équipements (missiles Milan, VAB, etc.) et des engins modernes, mais en très faible quantité. Et l’industrie n’est pas capable d’accroître rapidement ses cadences de production. Pour faire face aux besoins du nouveau contexte géopolitique, le chef de l’État a appelé en juin 2022 à la mise en place d’une « économie de guerre » pour les industriels de l’armement. En résumé, le gouvernement souhaite que les fabricants, en particulier de matériels, soient en capacité d’augmenter fortement leur production, de réduire les goulots d’étranglement potentiels dans leur chaîne d’approvisionnement (avec le recours accru au double sourcing par exemple).
Des groupes de travail rassemblant industriels et représentants de l’État ont mené d’importantes réflexions concernant plusieurs éléments clés de « l’économie de guerre » :
- la réduction des temps de production (par exemple la production d’un canon Caesar doit passer de 24 à 12 mois) ;
- la reconstitution des stocks de pièces pour regagner en flexibilité ;
- la simplification de l’expression des besoins (matériels moins complexes) et des procédures administratives (réduire de 20% les exigences réglementaires concernant les nouveaux programmes) ;
- la relocalisation de certains matériels ou pièces jugés stratégiques et potentiellement en tension en cas de crise majeure ainsi que la réduction de certaines dépendances (l’industrie européenne des explosifs militaires accuse ainsi de forts retards de livraison de linters de coton, achetés jusqu’ici uniquement à des entreprises chinoises).
L’effort initial de remontée en puissance doit se concentrer en particulier sur douze matériels prioritaires, essentiellement des armements terrestres dont les canons autotractés Caesar et leurs munitions de 155 mm, les obus de 40 mm des chars légers Jaguar, etc. De nouveaux mécanismes devraient être mis en place, comme des commandes globales sur longue période, l’octroi de lettres d’engagement pour réduire les délais de commande ou encore un dispositif permettant de donner la priorité aux commandes militaires auprès des sous-traitants.














