Depuis la crise du Covid-19, la prise de conscience des déficiences des politiques de souveraineté sanitaire et industrielle a cheminé en France et en Europe. Désormais, les façonniers pharmaceutiques sont perçus par les pouvoirs publics comme des relais essentiels pour sécuriser la fourniture de médicaments dits essentiels. A tel point qu’une enveloppe leur a été allouée pour encourager ces sous-traitants à développer leurs capacités de production sur le territoire. Mi 2024, près de la moitié des 450 molécules essentielles recensées par le gouvernement était ainsi fabriquée dans des usines tricolores. Mais tous les CDMO (Contract Manufacturing Organization) ne sont pas logés à la même enseigne. Les fabricants de génériques pourraient en effet, eux, souffrir de la délocalisation de leur production.
Les effets structurants de la crise du Covid sur l’extension, la modernisation et le repositionnement de l’offre des CDMO en France continueront de porter leurs fruits. Les investissements consentis, avec le soutien des pouvoirs publics, ont effet renforcé la compétitivité et l’attractivité de l’outil industriel français dédiés à la sous-traitance de fabrication de médicaments. Les façonniers ont ainsi réorienté leurs capacités vers les médicaments essentiels, bénéficiant d’une politique de soutien à leur relocalisation en France mais aussi vers les segments porteurs et à valeur ajoutée du marché (injectables, BFS, formes complexes, conditionnements innovants et écologiques, etc.).
Les CDMO les plus exposés aux génériques sous le coup de menaces de délocalisations
Malgré le regain d’intérêt pour la souveraineté sanitaire, la question de la viabilité économique de la production de médicaments matures demeure entière. La fabrication de génériques, en particulier, est en première ligne. C’est ce que révèle le projet de cession de Biogaran, la filiale de génériques du groupe Servier, pour l’instant suspendu faute d’offres jugées suffisantes. Selon le profil du repreneur et sa nationalité – plusieurs groupes indiens seraient intéressés – cette opération pourrait rebattre les cartes du secteur. Biogaran, leader du générique et troisième laboratoire en volume en France, confie en effet la moitié de sa production à des façonniers implantés sur le territoire. Une telle cession pourrait accentuer le risque de délocalisation, en particulier pour les CDMO fortement dépendants de ce segment. Les sous-traitants français, quelle que soit leur taille, se retrouveraient alors en première ligne face à ces menaces.
Dans le même temps, la montée du protectionnisme américain risque de compliquer l’équation des façonniers. L’an dernier, l’export a en effet représenté plus de la moitié du chiffre d’affaires du secteur. En réalité, cette menace pèse surtout sur les leaders, de loin les plus internationalisés. Les groupes français Delpharm et Anjac H&B apparaissent ainsi exposés en raison de leurs implantations industrielles canadiennes, point d’entrée pour desservir le pays de l’Oncle Sam. Le retour du protectionnisme aux Etats-Unis aura plus globalement des répercussions sur les choix d’implantations industrielles des donneurs d’ordres, et notamment des biotech européennes, pour lesquels l’accès au marché américain est crucial.














