Ralentissement de l'activité des plateformes de santé à l'horizon 2023
En s’attaquant aux champs de régulation privilégiés des plateformes de santé (optique, dentaire et audioprothèse), la mise en place du 100% Santé risquait en théorie de miner leur attractivité. Dans la pratique, cela ne s’est pas passé comme ça. Mieux encore, l’affiliation des OCAM et des professionnels de santé aux cinq plateformes tricolores a pris de l’ampleur. Entre 2018 et 2021, l’effectif moyen du nombre de professionnels de santé conventionnés par celles-ci a bondi de 14% dans l’optique (à près de 5 000), de 21% en dentaire (à 4 600) et de 35% dans l’audioprothèse (à 2 700). La part des opticiens et audioprothésistes français affiliés a dépassé 65% en 2020. Quant aux taux de rattachement des acteurs de l’assurance santé aux plateformes, qui rassemblent plus de 50 millions de bénéficiaires (plus de 80% des assurés santé du territoire), il n’a pas reculé même si des mouvements de portefeuilles ont pu intervenir au gré des mouvements de consolidation. Le chiffre d’affaires de ces plateformes santé (plus de 60 millions d’euros en 2019), devrait ralentir au rythme de 5% par an entre 2020 et 2023 (contre 13% par an sur la période 2013-2019).
En effet, les possibilités de recrutement de nouveaux clients et bénéficiaires se font plus rares dans l’univers de l’assurance santé. Sans oublier que les marges de manœuvre tarifaires des plateformes sont limitées, sauf à peser sur les coûts finaux des contrats et donc inciter les OCAM à se tourner vers des concurrentes moins onéreuses. En clair, développer de nouvelles prestations sera bien moins facile à l’avenir. Pour renforcer leurs leviers d’action sur les parcours de soins, les opérateurs seront invités à privilégier des schémas moins coûteux en recourant entre autres à des partenariats (enseignes, organisations professionnelles, acteurs de la e-santé…).
Le jeu concurrentiel entre les plateformes n’est pas pour autant stabilisé. Les rapprochements entre OCAM constituent le principal facteur de redistribution des cartes. Et ils peuvent déboucher sur des transferts comme l’a montré la création d’Aéma (Aésio + Macif). Ils peuvent aussi entraîner des révisions d’alliances sur une base « politique » à l’image du rapprochement envisagé entre Kalivia et Optistya/Audistrya suite à la constitution du groupe Vyv entre Harmonie Mutuelle et Istya. On estime autour de 10 millions de bénéficiaires, la taille critique nécessaire pour optimiser sa capacité d’influence sur l’offre de soins et la mutualisation des coûts des services santé. Or aujourd’hui, elles sont quatre à atteindre plus ou moins ce seuil (Kalixia, Carte Blanche Partenaires, Itelis et SantéClair) tandis que Sévéane apparaît en retrait avec moins de 7 millions de bénéficiaires.
Remise à plat des règles du jeu avec la réforme du 100% santé
Les plateformes santé sont les principaux outils mis en place par et pour les acteurs de l’assurance santé pour maîtriser les restes à charge et renforcer les services de prévention et d’accompagnement aux assurés. Elles interviennent dans le conventionnement de professionnels de santé, les services de gestion du risque santé et la gestion du tiers payant, à des degrés variables selon les cas. Avec des modèles calqués sur les centrales d’achat, les réseaux conventionnés de professionnels de santé ont fait leurs preuves dans l’optique (31% de parts de marché), l’audioprothèse (20%) et sur certains postes de soins non remboursables comme l’ostéopathie. Ils se sont désormais quasi généralisés parmi les leaders de l’assurance santé. En dentaire et en optique, la réforme du 100% Santé a plutôt bien rempli son rôle de facilitateur d’accès aux soins des assurés. En optique, le bilan est plus mitigé avec même de fortes hausses de RAC sur les montures. Initiée en 2019 et étalée jusqu’en 2022, la réforme a remis à plat les règles du jeu, généralisant les paniers de soins sans reste à charge (RAC) à l’ensemble des assurés en optique, dentaire et audioprothèse. Dans la mesure où elle généralise certains avantages des réseaux, le dispositif 100% Santé nécessite de réorienter la valeur ajoutée apportée par les plateformes et réseaux de soins (qui pèsent sur les frais des contrats des complémentaires santé). Cette nécessaire transformation s’articule autour de cinq grands défis stratégiques. A savoir : peser sur l’offre et les nouveaux parcours de soins 100% Santé, renforcer l’efficacité des soins dans toutes les disciplines, optimiser les taux de recours des assurés aux dispositifs, tirer parti de l’envolée des usages numériques en santé et accompagner la refonte de la prévention santé au travail.
S’immiscer dans le parcours de soins des assurés
Jusqu’ici, les offres sans RAC réservées à leurs réseaux partenaires constituaient l’un de leurs principaux arguments. Aujourd’hui, le tiers payant – autre facteur d’attractivité des plateformes – serait à son tour sur la sellette. L’augmentation globale de la taille des réseaux partenaires ne doit donc pas occulter une réalité : le 100% Santé a rééquilibré les rapports de forces entre plateformes et professionnels de santé. Dans ces conditions, les plateformes n’ont pas d’autre choix que de s’immiscer plus directement dans le parcours de soins des assurés. Si les logiques d’orientation sont déjà une composante essentielle de leurs modèles d’affaires, elles prennent aujourd’hui une nouvelle dimension autour des outils d’autodiagnostic, de la télémédecine et des prestations de prévention en entreprise. Sauf qu’elles ne sont pas les seules à prétendre piloter les parcours de santé (enseignes de professionnels de santé, plateformes d’intermédiation, pouvoirs publics ou encore OCAM) même si elles disposent d’atouts clés en raison de leurs bases de bénéficiaires associés à leur mission centrale de certification qualité-prix des biens et prestations de santé. A l’avenir, la qualité de pilotage des parcours se jouera de plus en plus autour des compétences data. Les plateformes santé devront donc sécuriser leurs sources de données tout en s’ouvrant à de nouveaux partenaires dotés de compétences complémentaires. A ce titre, le tiers payant est au cœur d’une nouvelle bataille.














