La quasi-totalité de la population française est aujourd’hui couverte par une complémentaire santé. Est-ce à dire que le marché de l’assurance santé est totalement saturé ? En réalité, rien n’est moins sûr. Car il se reconfigure sans cesse au gré des évolutions réglementaires. En dix ans, les organismes complémentaires d’assurance santé (OCAM) ont ainsi composé avec la généralisation de l’assurance santé à l’ensemble des salariés du privé, la mise en place de la résiliation infra-annuelle, la C2S pour les publics précaires, le 100% Santé et, aujourd’hui, l’ouverture à la concurrence du marché de la protection sociale complémentaire (PSC) de la fonction publique. Sans oublier les nouveaux transferts de charge du régime obligatoire vers le régime complémentaire pour réduire le déficit de l’assurance maladie. Et les hausses de tarifs des complémentaires vont se poursuivre. Conséquence : une mobilité accrue de la clientèle et un modèle d’offre plus modulaire et à garanties/services conditionnés ou gradués.
La forte augmentation des prix des complémentaires santé encourage les acteurs à proposer un new deal aux assurés. En clair, des modèles d’offres évolutifs émergent. Il s’agit de limiter les coûts des contrats en les ajustant au mieux aux besoins des assurés mais aussi, dans certains cas, en introduisant de nouvelles incitations comportementales. Les systèmes de bonus de fidélisation (avec garanties renforcées sur certains postes au terme d’une période définie) sont ainsi d’actualité chez un nombre croissant d’opérateurs. D’autres initiatives, émanant surtout d’intermédiaires, voient aussi le jour avec un retour en force des offres de contrats non responsables chez les courtiers et néo-courtiers.
La réduction de coûts toujours d’actualité…
Pour optimiser les processus de distribution et de gestion, les stratégies de digitalisation battent leur plein dans le métier. Au-delà de la rationalisation, ce virage digital vise également à faire face à la montée en puissance de l’assurance santé en ligne comme l’illustre l’appel d’offres du ministère de la Transition écologique remporté par l’assurtech Alan face à la MGEN.
Les outils digitaux sont aussi la voie privilégiée pour développer de nouveaux services de prévention et d’accompagnement en santé à moindres coûts. Les complémentaires santé et leurs captives (assisteurs et plateformes santé) s’appuient pour la plupart d’entre elles sur des collaborations avec des prestataires numériques spécialisés (start-up et éditeurs de santé). Les stratégies engagées ces dernières années pour s’ouvrir au monde de la e-santé ont préparé le terrain. Quant à l’intelligence artificielle (IA), elle s’immisce dans la relation client via l’orientation des parcours de soins. Santéclair a fait office de pionnier avec la mise en place d’algorithmes décisionnels à destination des assurés.
Sans négliger les apports des outils numériques, leurs limites sont incontestables. En santé, le facteur humain reste un élément essentiel de rassurance, d’engagement et d’inclusivité. En réalité, automatisation intelligente et accompagnement humain sont de plus en plus souvent combinés dans les dispositifs proposés, à l’image de Mon Bilan Cardio de Malakoff Humanis.
… et une consolidation persistante
Un environnement réglementaire toujours plus exigeant et sans cesse évolutif alimente en outre le mouvement de consolidation. Les investissements nécessaires pour se mettre à niveau vont nourrir cette tendance à l’avenir, qui se traduit déjà par la disparition de 10 à 20 mutuelles par an en moyenne. Si le marché de l’assurance santé compte encore près de 400 opérateurs, les bouleversements réglementaires font globalement le jeu des sociétés d’assurance au détriment des spécialistes historiques (mutuelles du Code de la mutualité et institutions de prévoyance).Ces deux familles d’opérateurs se heurtent en effet à une mise en concurrence désormais systématique de leurs marchés affinitaires jusqu’alors plus ou moins captifs. Cette intensification de la concurrencer entraîne une course à la taille et fait le jeu de grands pôles consolidateurs.
La réforme de la PSC marque une nouvelle étape dans cette mise en compétition généralisée des marchés affinitaires. Les mutuelles de la fonction publique sont en première ligne et le mode de mise en concurrence adopté menace directement la survie de certaines d’entre elles. Le passage à un système de couverture collective par appel d’offres est en effet moins flexible que les dispositifs de labellisation en vigueur jusqu’à présent.














